Le diocèse de Rennes pendant la Grande Guerre (1/3) Dossier Eglise en Ille-et-Vilaine

Le magazine du diocèse de Rennes, Église en Ille-et-Vilaine, a publié début septembre 2014 un dossier sur l’histoire du diocèse pendant la Guerre de 1914-1918. En voici la première partie (sur trois).

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Dossier réalisé par Marie-Christine Train à partir des travaux de Jean-Yves Coulon, historien, qui a étudié les archives et livres de paroisse des 5 diocèses bretons.
Plaque commémorative église la Selle-en-Luitré
Plaque commémorative à l’église de La Selle-en-Luitré

UNE GUERRE JUSTE, RENDANT POSSIBLE L’UNION SACRÉE

Le 4 août 1914, Raymond Poincaré, le président de la République, déclare devant le Parlement : « La  France  vient  d’être  l’objet  d’une  agression brutale et préméditée qui est un insolent défi au droit des gens. […] Dans la guerre qui s’engage, la France […] sera héroïquement défendue par tous ses fils dont rien ne brisera devant l’ennemi l’union  sacrée  et  qui  sont  aujourd’hui  fraternellement assemblés dans une même indignation  contre  l’agresseur  et  dans  une  même  foi patriotique. »

À cette date, Poincaré ne pouvait pourtant pas préjuger de la réaction de l’Église et des catholiques français qui estimaient majoritairement  être  l’objet  de  persécutions  depuis plusieurs années : critiques des ecclésiastiques, création des « curés sac à dos », en 1889, interdiction  des  congrégations  religieuses  en  1901 puis expulsion, loi de séparation de l’Église et de l’État en 1905, les inventaires… Mais, légaliste, l’Église de France joue le jeu de l’union sacrée.

Pour l’Église de France, la guerre est un châtiment mérité
Mgr Dubourg archevêque Rennes 1906-1921
Mgr Dubourg, archevêque de Rennes de 1906 à 1921

Le  leitmotiv  de  la  quasi-totalité  de  l’épiscopat français, en ce début de conflit, est que la guerre doit  être  considérée  comme  un  châtiment  de Dieu et qu’à ce titre une expiation est nécessaire. Mgr Dubourg,  l’archevêque de Rennes, dans sa lettre  pastorale  demandant  le  succès  des  armées françaises, écrit : « Assurément, la France a mérité les châtiments qui la frappent, […], par ses actes de sectarisme et d’impiété contre Dieu et contre les âmes […]. C’est la loi de l’histoire. […] En laissant faire la guerre, Dieu veut notre bien. Lorsque la somme des expiations sera assez forte, la France cessera d’être frappée. »

Mais, compte tenu de la menace de la perte d’intégrité du pays, Mgr Dubourg justifie la nécessité de prendre les armes : « Le bon droit, la loyauté et la justice sont de notre côté et militent en notre  faveur »,  « ce  que  nous  défendons  c’est l’intégrité  de  notre  territoire,  notre  indépendance  nationale,  l’existence  de  nos  familles, nos autels, nos foyers ; on peut même ajouter la grande cause de la civilisation et de la liberté. »

La  guerre  qui  vient  d’être  déclarée  est  incontestablement  une  guerre  juste.  C’est  donc  de bon droit, a priori, que les religieux mobilisables, pouvaient accepter leur ordre de départ.
L’élan patriotique touchera également les membres des congrégations expulsées de France en
1905  qui  reviennent en masse pour s’engager. Paradoxe de la situation, ceux qui n’ont pas voulu rentrer seront considérés comme déserteurs et insoumis, risquant la prison s’ils rentraient en France avant 1948 ! (date de l’amnistie décrétée sous le Général De Gaulle).

Adaptation du droit canon  en cas de guerre juste  et d’incorporation contrainte

Se posait alors la question de l’engagement des prêtres  dans  ce  conflit  :  tous  les  clercs  catholiques qui prennent les armes sont normalement frappés d’une irrégularité canonique en vertu du commandement : « Tu ne tueras point ». Dès  1912,  la  Sacrée  Pénitencerie  apostolique, constatant  que  l’incorporation  dans  le  service armé était le résultat d’une contrainte, et dans le cas d’une guerre juste, avait suspendu les effets de cette irrégularité pendant la durée d’un éventuel conflit.

Pour la France, cette mesure est d’importance. Si dans toutes les armées, les prêtres, pasteurs, rabbins,  n’étaient  présents  qu’au  titre  de  ministres du culte, en France ils sont assujettis au service obligatoire depuis 1905 et donc mobilisables. Ils sont affectés soit au service de santé, soit comme aumôniers ou soit combattants.

Messe sur le front_1915
Messe sur le front en 1915 (Archives Historiques, Diocèse de Quimper)

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Se procurer le dossier : commander le n°256 d’Église en Ille-et-Vilaine, Sept. 2014, à la Maison de la communication, 1 rue du Père Lebret, 35000 Rennes. Tél. 02 99 14 44 44, Mél. service.com@35.cef.fr. Prix : 3,5 € (+ 2 € frais de port).