Le diocèse de Rennes pendant la Grande Guerre (2/3) Dossier Eglise en Ille-et-Vilaine

Le magazine du diocèse de Rennes, Église en Ille-et-Vilaine, a publié début septembre 2014 un dossier sur l’histoire du diocèse pendant la Guerre de 1914-1918. En voici la deuxième partie (sur trois).

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> Lire la troisième partie de ce dossier

Dossier réalisé par Marie-Christine Train à partir des travaux de Jean-Yves Coulon, historien, qui a étudié les archives et livres de paroisse des 5 diocèses bretons.

LE DIOCÈSE DE RENNES S’ENGAGE DANS LE CONFLIT

La mobilisation et l’affectation des religieux

À la mobilisation, c’est par centaines que les religieux du diocèse rejoignent leur corps d’affectation. Durant la durée du conflit, ce sont plus de 960  religieux  (réguliers,  séculiers,  congréganistes) qui ont été mobilisés.

Les plus jeunes sont envoyés au front, soit dans  des  unités  combattantes,  soit  dans  les ambulances de 1res  lignes comme infirmiers ou brancardiers. Beaucoup sont aumôniers :  titulaires,  volontaires  ou  bénévoles. Très vite, les officiers supérieurs ont  mesuré  l’influence  positive  des  clercs  sur le moral des troupes, sur la tenue morale et la motivation combattante des hommes. Estimant leur nombre insuffisant, la hiérarchie ecclésiastique  française  et  une  partie  de  la  hiérarchie militaire demandèrent, fin 1914, plus de prêtres volontaires pour assurer dans chaque bataillon, les services religieux.

Au final, sur toute la durée de la guerre, le diocèse de Rennes, aura fourni 45  aumôniers,  soit  plus  de  30 %  des  quelque 150  aumôniers  issus  des  5  diocèses  bretons (près  de  1 100  pour  l’ensemble  des  diocèses français).

Exercer  son  ministère  sur  le  front  n’est  pas facile,  on  l’imagine.  L’Église,  dans  ces  circonstances, a adapté les règles des célébrations de la messe mais aussi de la lecture obligatoire du bréviaire,  l’administration  des  sacrements  aux soldats et aux paroissiens autochtones. Si certains  peuvent  dire  leur  messe  quotidienne  (à l’exemple d’Ange Martin, dans la chapitre suivant), d’autres, en raison des offensives ou d’un anticléricalisme affirmé  de  membres  de  la  hiérarchie  régimentaire en sont empêchés. Les plus jeunes ordonnés se posent de sérieuses questions sur leur sacerdoce :  « que  de  jours  passés  en  honnête homme et pas assez en prêtre. Pourquoi ? Parce que, parfois, j’ai laissé s’éclipser l’idéal qui n’aurait jamais dû me faire défaut, c’est-à-dire être un  imitateur  de  Notre  Seigneur  Jésus  Christ » (Abbé A. Boismartel).

Autel portatif fourni aux prêtres grâce à une souscription lancée par L’œuvre de Notre-Dame du Salut, en décembre 1914, relayée par Le pèlerin, La Croix, et les journaux diocésains. 46 seront attribués aux prêtres-soldats du diocèse.

La conciliation de la vie militaire et de la vie religieuse

L’abbé Ange Martin, prêtre du diocèse de Rennes et professeur à St-Martin, a consigné dans sa correspondance ses conditions de vie spirituelle et matérielle au front. Mobilisé dès le 4 août, il est infirmier puis brancardier-aumônier. Il meurt le 4 septembre 1916 à Chilly alors qu’il bénit un mourant. Ces extraits montrent ce que pouvait être la vie d’un prêtre-soldat.

  • Début 1915, à son Évêque : « Si modestes que soient nos occupations, soyez assuré que nous les remplissons et comme prêtre et comme Français. Vos prêtres de la 12e  ambulance se sont proposé un idéal… bien petit afin d’être sûrs de l’atteindre. Être prêtre partout et toujours, cela va de soi ; être aussi de bons et simples petits soldats comme tous les autres, ne reculant pas devant la corvée. »
  • 10 février 1915 : « Mon rôle d’infirmier… j’assiste à la visite, aux pansements ; je vais chercher les blessés aux tranchées et je les conduis à l’ambulance, tout en étant continuellement sous les obus. […] Ma tâche d’aumônier est plus chargée. D’abord, j’ai dû faire connaissance avec mes 900 paroissiens. De fameux lascars ! De vrais “poilus” quoi ! Il m’est assez difficile, à moi, simple soldat, mais camarade somme toute, de m’imposer comme prêtre et de rappeler à tous ces gaillards leurs devoirs religieux. Mais le canon et Dieu aidant, tout a bien marché, et maintenant tout le monde me salue et m’appelle “Monsieur l’aumônier”. […] Mais là ne se borne pas mon ministère. Je suis encore curé. En effet, le curé du village est parti comme un poltron au début du siège et je suis chargé de 2 200 âmes qu’il a abandonnées ici. […] Je suis encore chargé d’entretenir le moral et de distraire les soldats par des séances récréatives. »
L’importance du rôle joué par les religieuses

Si les lois anticongrégationistes ont condamné à l’exil, ou à la sécularisation, les religieuses des congrégations enseignantes, les congrégations hospitalières et contemplatives ont pu se maintenir. Elles sont au nombre de 35 dans le diocèse en 1914. Bien que discrètes, les religieuses du diocèse ont assumé un rôle important dans les hôpitaux  militaires  –  beaucoup  étant  des  professionnelles  de  santé  –,  les  ambulances,  les services sanitaires mais aussi dans les œuvres caritatives. Il y a aussi les maisons-mères comme celle  des  Sœurs  de  l’Immaculée  Conception  de St-Méen  qui  accueillent  des  dizaines  de  réfugiés belges et 279 soldats français dès le 7 septembre  1914,  quand  elle  est  transformée  en hôpital complémentaire. L’établissement  ne  retrouve  sa  configuration d’avant-guerre qu’en décembre 1919.

Srs du Christ du Rédempteur Rillé_Fougères
Les Sœurs du Christ Rédempteur de Rillé à l’hôpital militaire complémentaire 29 dans la communauté à Fougères
Le  dépeuplement  sacerdotal  bouleverse les institutions et les paroisses

La mobilisation de 1914 frappe surtout les séminaristes et les jeunes prêtres, alors vicaires ou professeurs. Les conséquences sont multiples : le grand séminaire se vide et se transforme en hôpital, le lycée St-Vincent de Rennes accueille des  blessés,  les  recteurs  de  grandes  paroisses peinent à assurer seuls la charge. En 1914, le diocèse comptait 384 paroisses desservies  par  1 031  prêtres.  Entre  14  et  18,  429 prêtres (42 %), dont 19 curés, ont été mobilisés.

Parmi les 266 paroisses touchées par la mobilisation, 19 n’ont plus de prêtre comme Iffendic, Pleurtuit ou St-Lunaire. Ainsi, durant le conflit, 70  % des paroisses ont vu au moins un de leurs prêtres mobilisé. Afin  d’éviter  une  désorganisation  trop  préjudiciable  des  paroisses,  l’Archevêque  rappelle  de vieux prêtres, fait appel à ceux qui ne sont pas mobilisés ou à quelques prêtres réfugiés (Belges notamment).

Le tribut des religieux et religieuses du diocèse

Le funèbre décompte des religieux originaires du diocèse de Rennes ayant perdu la vie à cause de la guerre s’établit à :

  • 155 hommes = 71 prêtres, 84 séminaristes, novices ou congréganistes… :
    • 15 en 1914
    • 31 en 1915
    • 23 en 1916
    • 26 en 1917
    • 42 en 1918
  • Sans oublier 13 religieuses originaires du diocèse, victimes dans le cadre de leurs fonctions comme infirmières dans les ambulances du front et dans les hôpitaux.

Se procurer le dossier : commander le n°256 d’Église en Ille-et-Vilaine, Sept. 2014, à la Maison de la communication, 1 rue du Père Lebret, 35000 Rennes. Tél. 02 99 14 44 44, Mél. service.com@35.cef.fr. Prix : 3,5 € (+ 2 € frais de port).

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