Le diocèse de Rennes pendant la Grande Guerre (3/3) Dossier Eglise en Ille-et-Vilaine

Le magazine du diocèse de Rennes, Église en Ille-et-Vilaine, a publié début septembre 2014 un dossier sur l’histoire du diocèse pendant la Guerre de 1914-1918. En voici la troisième et dernière partie.

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Dossier réalisé par Marie-Christine Train à partir des travaux de Jean-Yves Coulon, historien, qui a étudié les archives et livres de paroisse des 5 diocèses bretons.

DE L’ARMISTICE AU DEVOIR DE MÉMOIRE

Vitrail de l’église St-Pierre à Laillé
Vitrail de l’église St-Pierre à Laillé, réalisé en 1938, portant une réflexion sur la mort : celle du Christ en croix et celle du poilu, et ce juste avant la Seconde Guerre Mondiale.
La démobilisation : un retour à la vie religieuse sous conditions

En novembre 1918, les religieux attendent d’être démobilisés pour rejoindre leurs paroisses, leurs établissements  scolaires,  leurs  couvents.  Mais pour cela, ils doivent se soumettre à des directives, dont le journal L’Ouest-Éclair se fait l’écho : « Selon un décret consistorial, les évêques sou- mettront  les  clercs  revenus  des  armées  à  un examen avant de les admettre de nouveau dans les  séminaires  et  ils  leur  feront  accomplir  une retraite spirituelle à la suite de laquelle ils jugeront s’ils doivent les remettre au milieu de leurs  compagnons d’études ou les maintenir séparés durant  un  certain  temps.  […]  Le  passage  des religieux après leur service militaire dans le clergé séculier reste défendu.

Les prêtres revenus du service militaire devront présenter, dans un délai de dix jours devant leur évêque, une lettre de l’aumônerie générale témoignant de leur vie morale au régiment. Ils devront ensuite se retirer dans  un  institut  religieux  qui  leur  sera  indiqué pour accomplir une retraite spirituelle. S’ils ne se conformaient pas à cette obligation, ils encourraient la suspense a divinis. ».

Les religieux étaient donc astreints à fournir une lettre testimoniale dans laquelle était déclarée la  conformité  de  leur  conduite  à  leur  vocation. Dans  le  cas  où  ils  seraient  frappés  d’irrégularité, c’est-à-dire auraient été amenés à tuer, ils devaient faire la demande au Saint-Siège d’une dispense pour exercer à nouveau leur ministère.

Pour  les  séminaristes  ou  les  novices,  il  semble que  près  d’un  tiers  d’entre  eux  n’apparaît  plus sur  aucun  document  diocésain  ou  congréganiste. Pour quelle raison : démission volontaire ? Démission  imposée  par  absence  de  levée  de l’irrégularité ou de comportement moral contraire ?

Les répercussions spirituelles et sociétales sont multiples

Beaucoup reviennent marqués par l’inhumanité de la guerre, le souvenir des actes qu’ils ont été contraints d’effectuer. Certains dénoncent  : « La vie que j’ai menée était si contraire à ma nature, que maintenant une réaction irrésistible se produit. […] il me semble qu’on aurait pu demander aux  prêtres  de  combattre  et  de  mourir  pour  la France autrement que le fusil, ou la mitrailleuse, ou tout autre engin de guerre à la main.

Si j’avais été  mobilisé  comme  infirmier  ou  brancardier… j’aurais rempli mon devoir avec une pleine satisfaction intérieure. Au lieu de cela, on m’a donné une compagnie et l’on m’a dit : “Apprenez à vos hommes  à  tuer  et  inculquez-leur  au  fond  du cœur  une  haine  irréductible  de  l’ennemi”.  […] que des chefs catholiques ou simplement baptisés s’adressent à leurs prêtres et leur disent : vous vous trouvez dans des conditions légales telles que vous devez prendre un fusil et faire le coup de feu…, vous armer d’un couteau et nettoyer les tranchées…, monter en avion et aller, par  représailles,  bombarder  une  ville,  je  crois être d’accord avec le bon sens et aussi le patriotisme le plus fervent, en déclarant que c’est une anomalie  et  une  régression  de  la  conscience  publique  vers  une  époque  de  civilisation  inférieure. […] » (un prêtre des Missions étrangères)

Le séisme de la guerre se ressent dans toutes les  composantes  de  la  société  française.  Dans les paroisses, il faudra attendre 1919 pour assister  à  un  retour  normal.  Mais  les  répercussions sont, là aussi, nombreuses tant sur le plan démographique que spirituel. Si dans les premiers temps, la guerre entraîne une grande piété, sur le long terme on assiste à un certain détachement,  en  particulier  chez  les  femmes,  dont  le statut change de fait, et les jeunes hommes qui sortent meurtris du conflit.

Rendre hommage : monuments, vitraux, livres d’or

Au lendemain de la guerre la quasi-totalité des paroisses du diocèse de Rennes, conformément aux souhaits de l’archevêque, gravèrent dans la pierre, le métal ou le verre, et souvent bien avant les municipalités, les noms de paroissiens ayant perdu la vie à l’issue du conflit. La caractéristique de  ces  témoignages  commémoratifs paroissiaux,  à  la  différence  des  monuments  communaux, est que les noms des religieux y figurent le plus souvent en tête de liste.

Au niveau diocésain, une souscription est lancée dans le corps ecclésiastique pour ériger, dans la  chapelle du Grand Séminaire, un « monument à la mémoire des prêtres et séminaristes du diocèse de Rennes victimes de la Guerre ». Ce monument  conçu  par  l’architecte  Arthur  Regnault dressait  une  liste  de  28  prêtres  soldats  morts entre 1914 et 1920. Il a été détruit lors des bombardements de la 2 de  guerre mondiale.

Nombre  d’institutions  et  de  congrégations, parallèlement  à  la  rédaction  d’un  « livre  d’or » retraçant plus ou moins longuement la vie sacerdotale et militaire de chacun, gravèrent aussi les noms de leurs morts.

Se souvenir

Le centenaire de la 1re  guerre mondiale permet de faire mémoire de ces religieuses et religieux engagés comme n’importe quels citoyens pour défendre leur pays. Et aussi, « Se souvenir que si l’on peut séparer l’Église et l’État on ne peut séparer  la  religion  du  cœur  de  l’homme.  que, dans le danger, tout homme se pose la question de  son  existence.  que  l’Évangile  peut  abattre les  murs  que  les  hommes  mettent  entre  eux. qu’en  temps  de  guerre comme  en  temps  de  paix  l’Espérance  chrétienne  est  une  force. »  (Mgr Ravel, évêque aux armées françaises).

Dans la Semaine Religieuse du Diocèse de Rennes

PAR : François-Xavier Lemercier, archiviste du diocèse

D’août à septembre 1914, le périodique est riche d’enseignement sur l’ambiance de l’entrée en guerre. Dès le numéro du 1er  août, dans la « Partie officielle  », Mgr Dubourg, lance un appel à la prière pour la Paix. Il y évoque la « présence des menaces de guerre qui, avec raison, inquiètent et effraient nos populations bretonnes. » Il demande aux fidèles du diocèse de «  tourner leur regard vers le ciel ». Il clôt son appel par un vibrant « Que Dieu sauve la France ! ».

Pendant les deux premiers mois du conflit, les appels à la prière, aux pèlerinages, à l’assiduité aux messes ont été réitérés en des termes forts, comme par exemple « angoisse douloureuse de la guerre » ou « époque d’angoisse et d’épreuve ». Mais chaque appel se teinte aussi de patriotisme : les prières sont faites pour le « salut de la France », ou le « prochain relèvement de la France » puis rapidement pour la « victoire des armées de la France » et de ses « nobles alliés ». Le Diocèse de Rennes s’est bien sûr associé à l’union nationale. Ceci fut particulièrement visible lorsqu’est relatée la destruction de la cathédrale de Reims le 19 septembre 1914 par les allemands « sans raison militaire » pour « faire le mal pour le mal, détruire pour détruire ».

La cathédrale  de Reims en feu
La cathédrale de Reims en feu, un épisode qui a marqué jusqu’en Bretagne ! Dessin de 1914 de l’abbé Joseph Chenu du Grand Séminaire de Rennes.

La Semaine Religieuse, en tant que porte-parole du diocèse, évoque l’investissement de l’Archevêque dans le conflit tant au niveau de l’aide morale que spirituelle et matérielle. Ainsi, dès l’ouverture des hôpitaux militaires, durant la fin de l’été 1914, il visite les malades. Lors du passage d’exilés belges, il va à leur rencontre et leur fait distribuer des aides. Il encourage les divers comités de secours. Au niveau spirituel, il organise très tôt la relève des prêtres partis sur le front. Il autorise même des assouplissements dans la discipline du culte autorisant exceptionnellement le travail le dimanche et des dispenses du jeûne du vendredi et le binage (1)  pour les curés doyens afin que la messe soit célébrée dans les paroisses sans prêtre. En parallèle, il demande que se tiennent des prières journalières, des adorations perpétuelles du Saint Sacrement et il s’associe aussi à la demande de messes quotidiennes pour la victoire et la paix

Rapidement La Semaine Religieuse devient aussi un vecteur d’informations du  front. Régulièrement et rapidement, on y trouve les citations à l’ordre du jour et les nécrologies des membres du clergé ou des instituteurs libres qui se sont illustrés au combat ou qui sont morts au champ d’honneur, et ce, pendant tout le conflit et même après l’armistice.

(1) – DR. CANON. Service de deux paroisses assuré par un même curé (CAP. 1936)

Propositions d’approfondissement

- « Cent ans après, Mémoire chrétienne de la Grande Guerre »,  Document  Épiscopat, n°3, 2014
- la bibliothèque diocésaine de Rennes a mis en ligne une bibliographie complète des ouvrages liés à 14-18 : rennes.catholique.fr/bibliotheque 
- www.dioceseauxarmees.catholique.fr
- ce site interdiocésain sur la guerre 14-18 : bretagne1418.catholique.fr
Appel aux lecteurs

Les Archives diocésaines sont intéressées par des reproductions de documents de religieux et religieuses,  ou en lien avec eux, pendant la Grande Guerre.
> Contact : 02 99 14 35 35 ou 02 99 14 44 41.

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